La reconnaissance vocale entre dans les entreprises

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La reconnaissance vocale entre dans les entreprises

Amazon, Google et Apple dominent déjà le marché des interfaces vocales domestiques. Mais des startups européennes trouvent dans le marché des entreprises des débouchés prometteurs. 

Alexa, éteins la lumière! Siri, quel temps fera-t-il aujourd’hui? Hey Google, joue ma playlist disco. Aujourd’hui, la maison est devenue le champ d’une bataille titanesque entre les géants de l’internet pour conquérir le prochain milliard d’utilisateurs. C’est Amazon qui mène l’offensive sur le marché des assistants vocaux. Derrière Google, Apple mais aussi Microsoft avec Cortana et les BATX chinois, auxquels il faut ajouter quelques indépendants comme l’américain Nuance et le chinois iFlytek, investissent des milliards pour imposer la prochaine interface homme-machine.

Depuis Windows et en passant par Chrome, iOS ou Android, chacun sait que le contrôle de cette interface est stratégique. 20 à 25% des recherches effectuées au travers d’Android aux Etats-Unis seraient déjà effectuées par la voix selon Google. Estimé à 5,15 milliards de dollars en 2016, le marché de la reconnaissance vocale pourrait atteindre 18,3 milliards de dollars en 2023. 
Difficile de se prononcer sur ces pronostics, mais il est évident que toutes les marques cherchent à se positionner. Avec au bout la question de savoir si, comme pour les phases précédentes de la digitalisation, les entreprises européennes vont se retrouver dans le rôle de périphériques des GAFAM (l’oligopole Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). 

En dépit de promesses non tenues par la reconnaissance vocale depuis trente ans, cette fois la technologie a atteint la maturité. Vétéran de ce secteur et directeur de l’Institut de recherche Idiap à Martigny (VS), Hervé Bourlard explique: «La combinaison de très grandes bases de données et de capacités de calcul et de stockage quasi infinies permet aux intelligences artificielles de reconnaître mieux que nous des images, des textes et des paroles. Dans le cas de la reconnaissance de la parole, ces outils deviennent indépendants du locuteur. Ils n’ont plus besoin d’être entraînés par leur utilisateur.» 

Leaders du big data, les GAFAM ont développé ces premiers assistants vocaux grand public. Dans la foulée, les fabricants d’enceintes connectées comme Sonos, JBL, Boom, etc. ont tous intégré les fonctionnalités d’Alexa ou de l’assistant de Google. Au risque que leurs enceintes ne se distinguent plus de celles d’Amazon ou de Google. Derrière, les fabricants d’objets connectés –  électronique mais aussi voitures, thermostats, compteurs, prises électriques, serrures, services – commencent à remplacer boutons et commandes par des assistants vocaux. 

Des startups dans le B2B

Les entreprises et les marques européennes n’ont-elles, dès lors, pas d’autres choix que d’intégrer les IA conversationnelles des GAFAM dans leurs produits? Dans le B2C (business to consumer), les produits grand public, la messe est dite. Mais ce n’est pas forcément le cas pour le B2B (business to business). Hervé Bourlard donne l’exemple du spin-off de l’Idiap, Recapp, qui est à l’origine de la technologie de commande vocale de la box de Swisscom. Recapp a bénéficié de son avance dans la reconnaissance des dialectes alémaniques alors qu’Alexa n’a que six langues.

C’est aussi la voie suivie par Spitch, startup formée il y a quatre ans à Zurich, afin d’offrir sa technologie de reconnaissance et d’interface vocale sous forme de service aux entreprises. Avec 45 employés et déjà des bureaux à Milan, Madrid et Londres, l’approche B2B de Spitch rencontre une forte demande. Le fournisseur de cartes de crédit Swisscard l’utilise pour éviter les menus à choix des centres d’appel. «L’utilisateur explique sa demande avec ses mots, le système le comprend et le dirige directement vers l’agent qui saura le mieux y répondre», explique Alexey Popov, CEO de Spitch. L’entreprise décline sa technologie dans des applications qui vont de la biométrie basée sur la voix pour des banques à des services de support pour les garagistes d’Amag. 

«En Europe, les entreprises doivent respecter le règlement général sur la protection des données, et les contraintes des régulateurs sont encore plus fortes pour les données bancaires», analyse Alexey Popov. Cela signifie que les données voix de leurs clients ne peuvent pas être traitées sur les serveurs du cloud basés aux Etats-Unis comme ceux d’Amazon ou de Google. Pour faire tourner ses logiciels de reconnaissance vocale, Spitch utilise des clouds dont les serveurs sont basés en Suisse, soit des clouds privés des entreprises. 
A Paris, une autre startup de reconnaissance vocale va plus loin dans le respect des données privées: les données vocales de Snips (comme celles de Recapp) ne sont pas envoyées vers le cloud mais traitées sur le terminal. «Les intelligences artificielles ont besoin de beaucoup de données lors de la phase d’apprentissage de la voix. Cela fait, la puissance d’un terminal suffit, et il est inutile de stocker les données», explique Yann Lechelle, directeur opérationnel de Snips. 

Fondée il y a six ans et employant 73 personnes, Snips vend en marque blanche ses logiciels de reconnaissance vocale. «Nous discutons avec un millier d’entreprises, dont 250 de manière avancée, et nous avons 20 prototypes et 10 programmes intégrés», poursuit Yann Lechelle. Snips a adopté une démarche sectorielle avec des logiciels de reconnaissance vocale adaptés à un univers sémantique. Le COO en donne un exemple avec son smartphone en mode d’avion qui reconnaît parfaitement des mots liés aux supermarchés mais n’a pas la moindre idée de qui est Barack Obama. 

Si les GAFAM se battent pour nos salons, les startups ont encore l’espace des entreprises.

Source : Bilan online / 21 février 2019 / Fabrice Delaye

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  • article
  • 07 mar 2019

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