Electricité : le pari de l’autoconsommation

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Electricité : le pari de l’autoconsommation

En vigueur depuis janvier, la nouvelle loi sur l’énergie acte la fin de la rétribution à prix coûtant. La Confédération mise sur le solaire comme moteur de la transition énergétique.

A Jouxtens-Mezery, dans le canton de Vaud, Idiriz Guler, fondateur du cabinet BTsun, spécialisé en études et installations photovoltaïques, rend visite à deux clients, Guy et Camille Jermann. Il y a trois ans, il a installé chez eux 20 panneaux solaires de 1,6 m2 chacun. Le bouche-à-oreille fonctionne bien dans ce quartier résidentiel, bâti de villas cossues, comme le détaille Guy Jermann: «J’ai parlé du travail de BTsun à mes voisins, et l’un d’entre eux a déjà installé une trentaine de panneaux. En plus de l’aspect écologique, l’installation solaire donne une plus-value à la villa.»

Chez Guy et Camille Jermann, les 32 m2 en photovoltaïque ne couvrent qu’une partie du toit, pour une puissance nominale de 5 kilowatts. Une capacité relativement modeste, mais calibrée selon la consommation d’électricité du ménage, explique Idiriz Guler: «Il s’agit de gagner au moins de 50 à 60% sur la facture grâce à l’installation, ce qui demande une étude précise de la variation des besoins dans la journée et tout au long de l’année.»

Des applications intelligentes pour optimiser sa consommation

Au sous-sol de la villa de la famille Jermann, à côté de l’onduleur qui transforme l’énergie solaire en courant alternatif pour l’habitation, un second boîtier permet une gestion optimale de l’électricité produite. Installé au printemps 2017, il est relié à des «smart plugs», des prises commandables sur lesquelles se branche l’électroménager. De quoi déclencher à distance une machine à laver ou le renouvellement d’un ballon d’eau chaude quand l’installation solaire est à son pic de production, via une application smartphone ou tablette. Sur cette application, le particulier contrôle  en temps réel la consommation de chaque appareil de sa maison. Produite par la société française Mylight, la solution inclut une gestion automatique du déclenchement, affinée notamment en fonction des prévisions météorologiques d’ensoleillement. Cette installation supplémentaire permet de gagner 15% de consommation.

A la suite de leur investissement, les Jermann ont réduit sensiblement leur facture électrique. De 1628 fr. annuels avant l’installation, celle-ci est passée à 731 fr.; 1270 fr. sont encore achetés (le soir et l’hiver essentiellement), mais l’électricité produite en excédent (pour 540 francs) est refoulée sur le réseau et rachetée par l’opérateur au tarif de 11 fr. 80 le kilowattheure, qui inclut un bonus pour production «verte». Un tarif qui tend à baisser chaque année.
Le coût de l’installation a été de 17 700 fr., pose comprise, auxquels se sont ajoutés 4000 fr. pour la solution Mylight. La famille Jermann a bénéficié d’une rétribution unique de 5000 fr., versée en une fois par la Confédération (voir l’encadré). L’installation étant 100% déductible, près de 2500 fr. d’impôts ont été économisés par le couple. Le coût final, déduction fiscale et prime incluses aura été de 14 200 fr. Avec 900 fr. d’économies par an sur la facture, l’amortissement peut être espéré sur quinze ans. La plupart des panneaux sont garantis vingt ans et peuvent encore donner 80% de leur rendement initial au bout de vingt-cinq ans, selon les fabricants.

Remplacer la moitié du nucléaire

Malgré la baisse substantielle du coût de revient de l’électricité photovoltaïque, la rentabilité des petites installations dépend donc encore des subventions et crédits d’impôts. Pour autant, Roger Nordmann, conseiller national vaudois et président de l’association faîtière Swissolar, estime que la fin de la rétribution à prix coûtant (ou RPC, voir l’encadré), prévue par la loi sur l’énergie entrée en vigueur en janvier, est justifiée: «Il y a dix ans, le solaire pouvait parfois atteindre 1 franc le kilowattheure en coût de production, ce qui était totalement décorrélé du marché. Il fallait assurer au producteur l’achat de son électricité au coût de production pour permettre à la technologie de décoller et de progresser. Aujourd’hui, on est plus autour de 12 ou 13 ct. Une rétribution unique, mais versée plus rapidement, peut suffire à donner un signal positif au producteur.»  

Pour Roger Nordmann, la nouvelle loi sur l’énergie peut conduire à accélérer la croissance de l’électricité photovoltaïque en Suisse, encore en retard sur l’Italie et surtout l’Allemagne: «La Stratégie 2050 ratifiée par la votation du 21 mai 2017 prévoit le remplacement de la moitié du nucléaire par le renouvelable d’ici à trente ans. Soit 20% de la production électrique du pays. On en est à 3% de photovoltaïque, et on ne gagne que 0,5% par an, il faudrait le double. La nouvelle loi autorise la revente de l’électricité entre voisins. Cela va permettre l’émergence de microréseaux, notamment pour les entreprises, qui – tournant le plus souvent la journée – tirent le meilleur parti de l’énergie solaire.»

Du chemin à faire pour les nouvelles énergies renouvelables

L’objectif est encore loin d’être atteint. Pour parvenir à 20% d’électricité solaire dans le mix suisse par l’autoconsommation, il faudrait couvrir plus de 50% des 145 km2 de toits et 55 km2 de façades exploitables du pays. Une ambition élevée qui fait craindre des attentes interminables pour la rétribution unique. La Confédération annonce déjà jusqu’à deux ans et demi de délai pour les petites installations et six ans pour celles supérieures à 100 kilowatts.
Néanmoins, les professionnels capitalisent sur la nouvelle loi. A Fribourg, Groupe E propose ainsi un système innovant de gestion pour les communautés d’autoconsommation (par exemple un immeuble), pouvant aller de l’installation photovoltaïque à la répartition et la gestion de la facturation entre ménages. Pour autant, Jean-Michel Bonvin, directeur de Greenwatt, filière verte de Groupe E, estime que la transition énergétique ne passe pas exclusivement par la petite autoconsommation favorisée par la nouvelle législation: «De grandes surfaces sont disponibles comme des parkings ou des autoroutes. Sur une centrale au sol, comme les 60 000 m2 que nous avons installés dans une zone industrielle à Payerne (VD), les économies d’échelle sont telles que le coût de production tombe à 8,5 ct. le kilowattheure, deux fois moins qu’une petite installation. Il est important de travailler aussi vers une rentabilité indépendante des subventions et déductions fiscales.»

Source : Bilan online / 18 mars 2018 / Joan Plancade

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  • 06 avr 2018
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